Bienvenue sur le portail du Carapa
Dans le cadre d'un stage de l'INAPG (pdf), une étude de la commercialisation de l'huile de carapa (Andiroba) sur les marchés locaux en Guyane, au Suriname, au Guyana et au Brésil a été entreprise. Profitant du boom des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL), d’un affichage « Amazonie » en vogue et d’une communication sur le commerce équitable, la vente d'huile de carapa (Andiroba) s’est développée sur internet grâce à l’essor du commerce électronique. Entre 2004 et 2009, ce nouveau marché a retenu notre attention et nous avons analysé ces nouvelles pratiques commerciales virtuelles où vendeurs et acheteurs ne se rencontrent pas, les derniers ne pouvant donc pas juger de la qualité des produits achetés. Nous nous sommes questionnés sur l’origine et le nom botanique des arbres sous lesquels sont collectées les graines utilisées pour l’extraction de l’huile. Nous avons comparé les prix pratiqués et évalué les modes de certification de cette huile de carapa vendue à des consommateurs localisés à des milliers de kilomètres des points de production et des populations autochtones, donc l'impossibilité d’évaluer le caractère équitable ou non de la vente par correspondance.
Une première recherche des sites de commerce électronique a été effectuée sur Google ® avec les mots clés suivants 'andiroba', 'carapa' 'touloucouna' ou 'kobi' qui sont les noms vernaculaires les plus fréquemment utilisés pour nommer l'huile de carapa dans les pays producteurs d’Amérique et d’Afrique, et dans les pays importateurs. Nous avons aussi créé une Alerte Google ® pour ces mêmes noms et avons systématiquement enregistré et analysé chacun des sites que nous avons visité régulièrement (en général, une à deux fois par an) pour vérifier la pérennité des sites et les tarifs en vigueur. Nous avons soigneusement répertorié la contenance des volumes offerts à la vente, les prix et avons noté le nom de la plante utilisée lorsqu’il était mentionné. Nous avons recherché si l’huile naturelle était certifiée biologique et labellisée issue du commerce équitable. Nous avons aussi essayé de connaître l'origine exacte du produit naturel et si les populations autochtones productrices étaient identifiées et localisées. Enfin, lorsque des prix étaient indiqués dans une devise étrangère autre que l'euro (€), nous avons converti les sommes annoncées à l'aide d'un convertisseur en ligne, les prix étant ensuite régulièrement actualisés en fonction des cours de change et des cours de l’huile. De même, nous avons converti les volumes proposés en unité anglo-saxonne (Oz) dans le système décimale (ml). Lorsque des sites proposaient plusieurs volumes à la vente, nous n’avons retenu que le plus petit volume.
L’espèce d’arbre considérée est systématiquement nommée Carapa guianensis, presque par défaut, avec quelques fois des erreurs dans l’écriture du nom de genre (Karapa guianensis, chez Huiles-baumes.com). Une seule fois a été mentionné l’autre espèce potentielle C. procera (Rain-tree.com) (il s’agit en réalité aujourd’hui de C. surinamensis); c'est une espèce dominante sur les sols de forêt de terre ferme non inondable et au bord des fleuves où sont souvent collectées les graines en saison des pluies. La collecte des graines s'effectue en pirogue dans les forêts à C. guianensis inondées. (photo Carapa akuri au Guyana ; © Pierre-Michel Forget)
Dans 12 cas sur 13, l’huile de carapa est vendue sous l’appellation ‘Huile d’Andiroba’ et provient du Brésil exceptée l’huile vendue par Cosmetique.com, qui est produite au Suriname. Si l’huile est principalement extraite en Amazonie brésilienne, les lieux de production sont par contre très rarement mentionnés. Dans trois cas seulement, l’Etat, la région ou le village de production sont indiqués. L’huile d’Andiroba de Forest people est ainsi bien identifiée ; elle est produite par 22 femmes appartenant à la communauté de Santo Domingos en Amazonie brésilienne. Mais il faut cependant faire une recherche plus approfondie sur internet pour apprendre qu’il s’agit d’une communauté résidant sur la réserve de la Flona Do Tapajos en Amazonie Brésilienne à proximité de la ville de Santarem dans l’Etat du Para. Cet autre site Epicerie-equitable.com ne mentionne que la région Maués dans le Moyen Amazonas. Après un examen sur internet, on peut découvrir que cette zone de production est située sur le Rio Maués, un affluent de l’Amazone, à mi-chemin entre Manaus et Santarem. L’origine de l’huile du troisième site de commerce électronique de Naturacre (établi à Rio Branco, dans l’Etat d’Acre) est mieux renseignée et concerne la production d’une coopérative de la Reserva Extrativista Chico Mendes e do Vale do Juruá dans l’Etat de l’Acre, au Sud-Ouest de l’Amazonie. Un complément de recherche permet de localiser le site officiel bien documenté de la réserve d’extraction qui est hébergé par un agence gouvernementale. On y découvre que les producteurs d’huile vivent aussi de la récolte de la noix du brésil (Bertholettia exelsa, Lécythidacée), un autre PFNL prisé pour la cosmétique et exploité dans la région de Rio Branco, à proximité des frontières péruvienne et bolivienne. Enfin, la palme d’or de la communication revient à la société Natura.com qui est transparente en matière de "Développement durable" en argumentant qu’elle « construit une relation de confiance et de responsabilité avec les différentes communautés qui lui sont proches ». On y apprend que l’huile de carapa est en provenance d’une autre réserve d’extraction à Vila do Roque dans la région du Médio Rio Juruá. Il faut également approfondir les recherches sur internet pour localiser le site officiel de cette autre réserve d’extraction localisée dans l’Etat d’Amazonas, à proximité de l’Acre.
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Malgré la diversité des labels écologiques, biologiques, sociaux et équitables, dans 10 cas sur 13, aucune certification n’est proposée aux internautes. Seules Huiles-baumes.com, Aboneobio.com et Aroma-zone.com avancent que l'huile d'Andiroba vendue est certifiée (avec présence des logos sur leurs sites) comme étant 100% végétale et biologique; les autres sites précisent simplement que l'huile est 100% naturelle et biologique. En outre, Aroma-zone.com est le seul site à fournir une fiche technique détaillée avec de nombreuses informations sur les procédés d’obtention, le type d’organe pressé, le nom botanique, le potentiel oxydatif, la date de pression et le numéro de lot, la date de péremption, la composition et les conditions de conservation, et les usages. L'huile de carapa produite par Guayapi Tropical et vendue par Aboneobio.com a reçu plusieurs labels de certification (Forest Garden Product, Saterer mawe, Plateforme nationale du commerce équitable, Cosmebio). Malgré cela, avec Huiles-baumes.com, Aroma-zone.com et Commercequitable.com, ces sites sont dans le groupe de tête pour les prix pratiqués sur internet.
Le site de la société Natura.com est également apparu comme un cas particulier avec un programme de communication étoffé. En préambule de son volet ‘Développement durable’ la société annonce que « Depuis sa création, l’engagement de Natura, sa culture d’entreprise, reposent sur le respect de l’environnement, la responsabilité sociale et le souci de léguer aux générations futures une planète plus saine ». A propos de la certification elle « garantit l'origine des composants naturels utilisés dans les produits Natura, et c'est, également, le premier pas pour assurer le développement des communautés productrices ». Cependant, si la société Natura.com indique qu’elle « a implanté le Programme de Certification d'agents actifs » l’intitulé de l’organisme reconnu qui seraient, selon Natura.com, des ONG, des scientifiques, des chercheurs et des gouvernements censés certifier l’origine, la qualité et le caractère durable de ses produits, n’est pas mentionné sur le site.
Le commerce équitable est mentionné de manière non équivoque dans 5 cas sur 14. Selon Commercequitable.com, le prix payé par l’internaute se décomposerait comme indiqué ci-dessous pour un prix théorique d’une litre d’huile de carapa de 15 € :
en matière de commerce équitable ; ils sont tous les deux localisés au Brésil. Il s’agit de Natura.com et de Naturacre qui pratiquent les prix les plus bas, respectivement 88 €/l et 59 €/l pour de l’huile de carapa (Andiroba) produite par des populations autochtones dans deux réserves d’extraction officielles et bien réglementées, l’une dans l’Etat du Médio Jurua, l’autre dans l’état de l’Acre. Deux autres sites, également présents au Brésil, soit Chammadaamazonia.com.br basé à Belém do Pará dans le Para et Tawana.com.br basé à Cruzeiro do Sul dans l’Acre, avaient également été sélectionnés pour la qualité des produits et leur prix, mais ils ont cessé leurs activités en ligne.
nique des plantes est lui aussi sujet de discussion. En effet, il apparaît qu’aucune autorité scientifique ne vérifie les noms des arbres produisant les graines dont est extrait l’huile de carapa qui sont tous identifiés comme Carapa guianensis. Hors, les travaux récents démontrent que plusieurs espèces différentes, et probablement aussi des qualités d’huile aux compositions chimiques variables, se cachent sous le seul nom de C. guianensis. La certification écologique, biologique et équitable nous apparaît donc très inégalement présentée sur le commerce en ligne. Le caractère durable du point de vue de la régénération de l’arbre est quant à lui quasiment ignoré dans tous les cas, à l’exception peut-être des réserves d’extraction qui doivent garantir que les processus de régénération sont respectés pour assurer la pérennité de la ressource graines pour les hommes et les animaux qui en dépendent. Des études approfondies restent cependant nécessaires pour le confirmer.La Plate-Forme pour le Commerce Équitable